L’Organisation des États turciques, symbole de l’expansion stratégique et de l’essor culturel du monde turc 

Stern, A., « L’Organisation des États turciques, symbole de l’expansion stratégique et de l’essor culturel du monde turc  », Le Rubicon, vol. 6, 4 mai 2026 [https://lerubicon.org/lorganisation-des-etats-turciques-symbole-de-lexpansion-strategique-et-de-lessor-culturel-du-monde-turc/].

Extrait du texte :

Le 7 octobre 2025, les chefs d’État de l’Organisation des États turciques (OET) se sont réunis en Azerbaïdjan, dans la ville septentrionale de Gabala. La thématique principale de ce 12ᵉ sommet était : « Paix et sécurité régionales ». Cet intitulé et le choix d’une ville azerbaïdjanaise pour accueillir l’événement ne sont pas anodins : ils montrent que, 2 ans après le blocus prolongé puis l’offensive militaire qui a entraîné l’exode de la population arménienne du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan cherche à sécuriser ses acquis territoriaux. Dans un contexte international instable, c’est également un moyen de consolider les alliances, dans une zone où la Russie est en retrait, mobilisée dans la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine.

L’OET est devenue, petit à petit, une organisation internationale importante, représentant une population d’environ 178,8 millions d’habitants et un produit intérieur brut (PIB) combiné d’environ 2,11 trillions de dollars étasuniens en 2024. Les États turciques représentent ainsi environ 1,8 % du PIB mondial et leurs ressortissants constituent 2,8 % de la population mondiale. La Turquie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan en sont membres, tandis que le Turkménistan, la Hongrie et la Chypre du Nord ont le statut d’observateurs.

Alors que les sommets entre chefs d’État turciques ont lieu depuis 1992, comment leurs relations ont-elles évolué au fil du temps ? Quelles sont les principales décisions prises lors de ce dernier sommet ? Peut-on parler d’un renforcement de l’inclusion du monde turc, faisant de la Turquie un acteur de poids sur la scène internationale ?

Les relations entre les États turciques relèvent largement de logiques pragmatiques, notamment en matière d’équilibres géopolitiques et de recherche d’autonomie vis-à-vis des grandes puissances. Toutefois, la dimension idéologique n’y est pas absente. Ainsi, bien que des États comme la Turquie, l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan soient connus pour leur stratégie d’équilibre, les proximités linguistiques, historiques et culturelles constituent un référent important dans leurs interactions. Ces éléments ne sont pas nécessairement à l’origine de la coopération ; ils peuvent aussi être mobilisés a posteriori pour la légitimer, mais participent, dans tous les cas, à la construction d’une esthétique et d’un récit communs.

Dans une première partie, nous traiterons de l’émergence du turquisme en tant qu’idéologie au XIXe siècle, puis nous examinerons le contexte de la fondation de l’Organisation des États turciques. Nous nous pencherons ensuite sur certains aspects de la collaboration entre ses membres, notamment dans les domaines militaire, économique et culturel. Enfin, nous montrerons que les activités de cette organisation internationale se sont nettement intensifiées ces dernières années.