Fouilles de Zeyve (Porsuk) Höyük

Vue aérienne de Porsuk depuis l’ouest avec le Chantier II au premier plan (© Archives Porsuk)

 

Porsuk Höyük, également connu sous le nom de Zeyve Höyük, est situé à 9 km du district d’Ulukışla dans la province de Niğde. Le site de forme triangulaire mesure 450 m de long d’est en ouest et 200 m du nord à sa pointe sud. Les couches archéologiques d’une épaisseur de 5,50 m à 8,50 m reposent sur une table de conglomérat naturel atteignant 16 m de hauteur à certains endroits. Situé près des contreforts nord du Taurus, riche en minerais et en forêts, sur la route reliant le plateau anatolien à la Méditerranée via le passage de Gülek, les Portes ciliciennes de l’Antiquité, et entouré au nord et au sud par deux rivières qui se rejoignent à l’est, l’emplacement du site est clairement stratégique. Sa hauteur et la raideur de ses pentes septentrionales et orientales lui donnent par ailleurs l’aspect d’une citadelle naturelle. Il est à noter que Porsuk, bien que situé au nord du Taurus, appartient au bassin versant du Çiftehan Çayı qui traverse entièrement la chaine de montagne et devient le Çakıt Suyu ou Nehri avant de rejoindre au sud, en Cilicie (le Kizzuwatna du 2e millénaire av. J.-C.), le fleuve Seyhan et la Méditerranée.

 

Carte de localisation de Porsuk par rapport au bassin du Çiftehan Çakıt Suyu (© S. Karadoğan)
Carte de localisation de Porsuk par rapport au Taurus et à la Cilicie (© M. Sauvage)

 

Porsuk et les mines de Bulgarmaden

Bien qu’aucun atelier métallurgique n’ait encore été identifié sur le site, les fouilles montrent que Porsuk ne constituait pas seulement un point de contrôle douanier destiné à réguler le commerce des minerais, mais également un important centre métallurgique où les minerais étaient directement traités et transformés. Cette activité est attestée par les traces de coupellation dès l’âge du Bronze récent, par les vestiges témoignant de l’existence d’une production métallurgique polymétallique, principalement à l’âge du Fer, ainsi que par la présence de scories et de fragments de lingots de plomb, sur l’ensemble des périodes d’occupation, y compris aux époques hellénistique et romaine.

 

Moule à lingot à galette (bun ingot) de l’époque hittite (Chantier IV, niveau V) (© Archives Porsuk)
Le village de Madenköy au premier plan et la mine de Bulgarmaden en arrière-plan (© S. Karadoğan)
Carte topographique montrant l’emplacement de Porsuk par rapport au village de Madenköy près de la mine de Bulgarmaden (© C. Kuzucuoğlu 1999, S. Karadoğan 2026)

 

Les recherches à Porsuk

William Ramsay fut le premier à mentionner le site en 1903 après l’avoir visité en 1891. À la suite de Ramsay, Emil Forrer, en 1926, attira l’attention sur ce qu’il pensait être une entrée en forme de tunnel voûté de type hittite (poterne). En 1960, lors des travaux de construction de la route longeant le versant occidental du höyük, une dalle de pierre portant une inscription en hiéroglyphique louvite fut dégagée par un bulldozer. Quelques années plus tard, le hittitologue Emmanuel Laroche, alors directeur de l’Institut français d’archéologie d’Istanbul (le futur Institut français d’études anatoliennes), put confirmer que cette inscription appartenait à la période néo-hittite et datait de la fin du viiie siècle avant J.-C. 

 

L’inscription hiéroglyphique louvite PORSUK (vers 700 av. J.-C.)

 

Après des prospections et sondages entrepris sur le höyük en 1968 sous la direction d’E. Laroche, 33 campagnes de fouilles furent menées entre 1969 et 2022 sous les directions successives d’Olivier Pelon (Université de Lyon), Dominique Beyer (Université de Strasbourg) et Claire Barat (Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes). En 2024, la direction fut confiée à Éric Jean (Université Hitit, Çorum) au nom du ministère turc de la Culture et du Tourisme et de l’Institut français d’études anatoliennes, avec le soutien financier du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.

 

Dès les premières campagnes, quatre secteurs de fouille, désignés sous les appellations de Chantiers I à IV, ont été ouverts. Après la mise au jour de quelques vestiges attribuables aux périodes hellénistique et romaine, les recherches dans les Chantiers I et III ont été interrompues en raison de l’atteinte rapide de la roche-mère. Les travaux se sont dès lors concentrés sur les Chantiers II, situé à l’extrémité occidentale du site, et IV, implanté à son extrémité orientale. Le vaste espace compris entre ces deux secteurs de fouille étant constitué de terrains privés et le Chantier IV étant lui-même sur une parcelle privée, comme ce fut définitivement établi en 2016, près de 80 % de la superficie du höyük demeuraient inaccessibles à la fouille à partir de cette date. En 2026, une première parcelle privée a pu être acquise, puis nationalisée par une procédure d’expropriation. Elle se trouve sur le sommet du höyük à proximité du Chantier II et couvre une superficie de 3700 m². Cette acquisition va permettre la mise en œuvre de fouilles extensives sur une plus grande superficie. Avant cette acquisition, un Chantier V a été ouvert en 2024 sur la pente sud-est du höyük.

 

Plan topographique avec indication des chantiers (© M. Sauvage)

 

L’histoire de Porsuk

Les fouilles extensives conduites dans le Chantier II et, jusqu’en 2015, dans le Chantier IV, ont permis de mettre au jour sept niveaux architecturaux correspondant à quatre grandes périodes d’occupation. En 2025, les fouilles menées dans le Chantier V ont révélé une cinquième période d’occupation.

 

Période hittite (vers 1620-1400 av. J.-C.)

La première occupation de Porsuk (Niveau VI) suit de quelques décennies la fondation du royaume hittite vers 1650 av. J.-C. La ville, détruite vers 1600 avant J.-C., fut immédiatement reconstruite (Niveau Va), puis à nouveau détruite et abandonnée vers la fin du xve siècle avant J.-C. (Niveau Vb). Les analyses radiocarbone et dendrochronologiques ont, en effet, permis de faire remonter la fin de l’âge du Bronze récent à Porsuk à une date d’au moins 200 ans antérieure à celle de la fin de l’empire hittite, elle-même datée du début du XIIe siècle av. J.-C. Situé dans le Bas Pays hittite, entre le Hatti au nord, l’Arzawa à l’ouest et le Kizzuwatna au sud, Porsuk appartient à un horizon culturel hittite, tant par son architecture défensive que par sa céramique. Bien avant les premières fouilles, E. Forrer proposait de l’identifier à la Dunna des textes hittites. Toutefois, les premières mentions de Dunna datant du règne de Šuppiluliuma Ier, au milieu du xive siècle avant J.-C., il est impossible qu’elles renvoient au site de Porsuk, ce dernier étant alors abandonné depuis au moins un demi-siècle.

 

Carte du Hatti (XVI-XIII siècles av. J.-C.) (© A. Mouton et M. Sauvage)
Poterne hittite (Chantier II, niveau V, 1970) (© Archives Porsuk)
Couloir de la poterne hittite vu de l’extérieur à l’ouest (Chantier II, niveau V) (© Archives Porsuk)
Poutres et briques brûlées de la tour est de la fortification hittite (Chantier II) (© Archives Porsuk)
Plafond ou plancher effondré (Chantier II) (© Archives Porsuk)
Jarre intégrée dans un mur (vase de fondation ?) (Chantier IV, niveau VI) (© Archives Porsuk)
Fortifications hittites du Bronze récent et néo-hittites du Fer moyen (Chantier IV) (© Archives Porsuk)

 

Période néo-hittite (fin Xe-fin VIIIe ou VIIe siècle avant J.-C.)

Pendant l’âge du Fer (niveaux IV et III) et après un abandon de plus de quatre siècles, Porsuk fut réoccupé à la fin du Fer ancien, comme en témoignent quelques fragments de céramique datés de la fin du xe siècle avant J.-C. L’essentiel de la céramique date cependant du Fer moyen (ixe-viiie siècle avant J.-C.) et surtout du viiie siècle avant J.-C., pendant l’âge d’or du royaume louvite de Tuwana, la Tyane classique. Tant la présence de fortifications que celle d’objets, tels que les écailles en fer d’une armure, et l’inscription hiéroglyphique déjà mentionnée et écrite par le général Parhwira, attestent la fonction militaire de Porsuk. Parhwira était sujet du roi Masaurhisa, vassal ou lui-même roi de Tuwana à la fin du viiie ou au début du viie siècle av. J.-C. Dans le Chantier IV, près de l’entrée d’une tour de la fortification orientale, un pithos à 18 anses et décor de tête de taureau fut mis au jour ; la cinquantaine d’agrafes en plomb qu’il porte témoigne de sa réparation pendant l’Antiquité. Des tessons de céramique datés du Fer récent suggèrent que le site fut occupé après la période du royaume de Tuwana, notamment à l’époque achéménide.

 

Pithos à décor de tête de taureau (Chantier IV, niveau III) (© Archives Porsuk)
Écailles en fer d’armure (Chantier IV, niveau III) (© Archives Porsuk)

 

Périodes hellénistique et romaine (milieu IIIe siècle av. J.-C.-milieu IIIe siècle apr. J.-C.)

Bien qu’il soit probable que Porsuk ait été urbanisée pendant la période hellénistique (niveau II), les signes de prospérité urbaine sont surtout visibles pendant la période romaine (niveau I), en particulier avec les belles rues dallées de pierre.

 

Clous en fer de chaussures (Chantier IV, niveau II) (© Archives Porsuk)
Bol à reliefs de l’époque hellénistique (Chantier IV, niveau II) (© Archives Porsuk)
Rue dallée de pierre de l’époque romaine (Chantier IV, niveau I) (© Archives Porsuk)
Fragment de simpulum (louche) en bronze (Chantier IV, niveau I) (© Archives Porsuk)
Lampe à huile moulée (Chantier IV, niveau I, Ier-IIIe siècle ap. J.-C.) (© Archives Porsuk)

 

Période médiévale (IXe-XIVe siècle ?)

Porsuk fut ensuite désertée, puis utilisée à l’époque médiévale comme nécropole, principalement dans sa partie orientale, où plus de 130 sépultures, dépourvues de mobilier funéraire, ont été exhumées. Les analyses radiocarbones indiquent que ces inhumations datent des ixe-xiie siècles. La position des morts, enterrés sur le dos, la tête tournée vers l’ouest et les mains souvent jointes sur la poitrine, témoigne de pratiques funéraires chrétiennes. Les squelettes sont conservés au laboratoire d’écologie comportementale humaine et d’archéométrie de l’université Hacettepe (IDEA Lab), où les analyses bioarchéologiques se poursuivent.

 

Une tombe de la nécropole (Chantier IV, 1971) (© Archives Porsuk)

 

Pour la première fois en 2025, les traces d’un habitat médiéval ont été mises au jour, dans la partie orientale du Chantier V. La découverte dans ces vestiges d’une monnaie attribuable à la dynastie ilkhanide (xiiie-xive siècles) suggère une phase d’occupation postérieure à la nécropole. L’extension de la fouille en 2026 a permis de déceler une autre phase architecturale plus ancienne, dont la datation reste toutefois à déterminer.

 

Habitat médiéval (Chantier V, Carré QR29, 2026) (© Archives Porsuk)

 

La transmission du patrimoine culturel de Porsuk aux générations futures

Afin d’améliorer les conditions de travail et de vie de l’équipe, des recherches sur la conception architecturale d’une nouvelle maison de fouilles et d’un nouveau dépôt archéologique sont actuellement menées en collaboration avec la Prof. Dr. Fatma Cânâ Bilsel, de l’Université technique du Moyen-Orient (ODTÜ). La maison de fouilles sera construite à partir de matériaux et des techniques de construction qui réinterprètent les techniques traditionnelles de construction en briques crues afin de réduire son empreinte carbone. Dans le cadre de ce projet, un terrain d’une superficie de 6040 m² appartenant au Trésor public a été mis à la disposition de la direction de la fouille de Porsuk en 2025. Ce terrain est situé à l’ouest, directement en face du site.

Une mise en valeur touristique du site est également prévue, qui commencera par un projet de conservation et de restauration de la porte hittite du Chantier II, dont les murs, composés de briques crues sur soubassement de pierres et renforcés par un chaînage de bois et un remplissage de moellons de gypse, sont conservés à une hauteur de 6 mètres, cas unique dans l’archéologie hittite !

 

Au premier plan, mur de l’entrée du niveau VI avec crapaudine et à l’arrière-plan, mur de la poterne du niveau V (Chantier II, vue de l’intérieur vers l’ouest) (© Archives Porsuk)
Reconstitution de la fortification et de la poterne hittites (© Archives Porsuk)