Jean-Louis Bacqué-Grammont, ancien directeur de l’Institut Français d’Études Anatoliennes, était un pilier des études ottomanes pour notre communauté scientifique en France mais aussi pour la communauté scientifique internationale. En outre, son vaste champ de compétences dépassait largement l’Empire ottoman pour embrasser l’Iran et l’Asie à l’époque pré-moderne et moderne.
Infatigable chercheur aux publications prolifiques, son engagement dans l’animation de la recherche nationale et internationale était sans faille. Jean-Louis Bacqué-Grammont était très dévoué à de nombreuses institutions au rayonnement desquelles il a grandement contribué. Il était notamment très investi dans l’association des « Anciens de Langues O », l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), à Paris et dans la Société Asiatique dont il fut le secrétaire général de 1993 à 2019. Avec Halil Inalcik, il cofonda le Comité International des Études Pré-ottomanes et ottomanes (CIÉPO) qu’il présida de 1998 à 2008. Le CIÉPO organise régulièrement des congrès et est un espace important d’échanges académiques relatifs aux études turques et ottomanes. À l’Institut Français d’Études Anatoliennes, en 1991, il créa la revue Anatolia Moderna/Yeni Anadolu qui publie des travaux novateurs sur les périodes moderne et contemporaine.

L’érudition de Jean-Louis Bacqué-Grammont, alliée à une grande simplicité, permettait de la rendre accessible à un très vaste public. Gai savoir, humour et vivacité étaient des caractéristiques très saillantes de la personnalité originale et très riche de Jean-Louis Bacqué-Grammont. Ainsi, son propos n’était jamais ennuyeux mais captivait son auditoire qu’il soit spécialiste ou non.
En outre, Jean-Louis Bacqué-Grammont a été une source d’inspiration pour de nombreuses générations de chercheuses et de chercheurs qu’il a accompagnés. Très à l’écoute des jeunes chercheurs, il les encourageait et les conseillait avec beaucoup de bienveillance. Nous avons perdu un mentor, un ami.
Odile Moreau est professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paul Valéry à Montpellier, chercheur à CRISES et à SIRICE, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Ses recherches envisagent les mutations au Sud de la Méditerranée depuis le 19ième siècle et leurs interactions avec l’Europe, en portant une attention particulière à l’Empire ottoman dans sa dimension impériale. Auteur de nombreux livres et articles dont Subversives and Mavericks in the Muslim Mediterranean: A Subaltern History (Austin, University of Texas Press, 2016), son dernier livre, L’Empire ottoman au 19e siècle (Paris, Armand Colin, 2020), a reçu le prix Auguste Pavie de l’Académie des Sciences d’Outre-mer.