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Chercheuse associée. Chargée de Recherches – F.R.S.-FNRS
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L’hybride humano-végétal dans les décors et l’imaginaire romains

Les figures humano-végétales envahissent les décors romains dès la moitié du Ier s. av. J.-C. Héritières du bagage formel, symbolique et religieux de leurs homologues grecs, elles font l’objet d’une diversification formelle et syntaxique sans précédent, expression d’un renouvellement symbolique inédit. Parfois discrètes, elles sont victimes de la dévalorisation moderne de l’ornement, et n’ont jusqu’à présent suscité que peu d’intérêt. Leur mise en série laisse pourtant entrevoir toute l’originalité et l’importance de cet élément dans l’imaginaire romain. La végétalisation de la figure humaine sert d’épithète iconographique : elle manifeste une prérogative de certains dieux, « Maîtres de la végétation ». Mais ces figures constituent-elles de simples gages de fertilité et de renouveau ? Leur hybridité-même, jusqu’à présent ignorée, est fondamentale. Car l’hybride, altérité née de la confrontation à la nature, est relégué aux extrémités du monde où il marque symboliquement une limite qui distingue sans exclure, et symbolise un ailleurs rendu bénéfique par l’action de la puissance impériale. Les figures végétalisées du monde romain évoqueraient ainsi des forces subversives de diverses natures, évoluant aux marges de l’espace civique et garantissant, par l’expérience de la transgression, la stabilité de l’ordre cosmique, concept central de l’idéologie romaine. Cette lecture inédite du motif repose sur une triple approche : l’examen formel et syntaxique des images (prises en compte, notamment, dans leur dimension spatiale), l’analyse de leurs contextes d’utilisation et des milieux socio-culturels dans lesquels elles apparaissent, et l’étude du sentiment de la nature. Cette recherche, qui s’appuie sur la confrontation des sources littéraires et matérielles, éclaire sous un angle nouveau le langage visuel des Romains, et soulève une problématique historique dont on mesure pleinement l’actualité. Celle du rapport de l’homme à la nature, du rapport entre nature et culture.

Présentation

Titulaire d’une thèse en « histoire, art et archéologie » de l’Université de Liège et en « histoire de l’art et archéologie » de l’Université Paris-Sorbonne, Stéphanie Derwael travaille sur l’interprétation socio-culturelle de la diffusion de répertoires iconographiques dans l’Empire romain, à la place de l’ornement dans les systèmes décoratifs, et aux figures hybrides mêlant différents règnes du vivant. Sa thèse de doctorat, actuellement en cours de publication, porte sur le motif des Blattmasken, création iconographique de l’époque tardo-républicaine qui constitue une fenêtre ouverte sur la construction identitaire de la Rome impériale et dont la grande diffusion pendant plus de six siècles s’inscrit dans une forme de revendication d’un répertoire « d’apparat » fonctionnant comme un marqueur identitaire socio-économique dans les différentes provinces de l’Empire.

Stéphanie Derwael est actuellement chargée de projet au Musée gallo-romain de Tongres, collaboratrice scientifique du Service d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de l’Antiquité gréco-romaine de l’Université de Liège, et chercheuse associée de l’IFEA (Institut français d’études anatoliennes) à Istanbul. Elle travaille actuellement sur l’imaginaire romain des frontières du monde habité, en analysant la construction idéologique de la frontière qui se met en place à l’époque impériale. Elle s’intéresse particulièrement aux modes de représentation, littéraires ou figurés, de cette zone des confins et de l’altérité qui se voit repoussée au-delà des frontières de l’oikouménè romaine. Cette problématique, brûlante d’actualité, nous fait nous interroger sur le rapport idéologique que nous entretenons avec nos frontières : elles sont la limite avec l’ « autre », mais également un outil servant à l’autodéfinition de ce qui se trouve à l’intérieur, par contraste avec ce qui est différent, dangereux, étrange, qui cristallise les peurs et se voit relégué à l’extérieur, mais qui est toutefois contrôlé et mis à profit grâce aux règles de la civilisation et à la puissance militaire.