• B. Fliche - Clivage des habitus et production des champs sociaux : l'exemple de l'esthétique anatolienne en Turquie

    algerie socioBenoît Fliche, « Clivage des habitus et production des champs sociaux : l'exemple de l'esthétique anatolienne en Turquie », in Kamel Chachoua (dir.), L'Algérie sociologique, Hommage à Pierre Bourdieu, Alger CNRPAH, p.193-207.

    Cet article se propose de montrer que le clivage interindividuel des habitus au sein des groupes sociaux, tel que théorisé par Lahire dans La culture des individus, se retrouve en Turquie. De là naissent des tensions et des dynamiques culturelles qui, s'appuyant sur des logiques de distinction, conduisent à des transformations centrales des habitus au niveau des groupes sociaux, pouvant conduire à la formation de nouveaux champs sociaux.

  • B. Fliche - H. Bayard-Çan (dir.) "Turquie. De l'État à l'intime" Ethnologie française 44|2 2014

    B. Fliche - H. Bayard-Çan (dir.) "Turquie. De l'État à l'intime" Ethnologie française Vol. 44-2 (2014) http://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise.htm
     
    Marqué par la diversité de ses populations, "l'Empire de la différence" a connu un long XIXe siècle qui s'arrête en 1923, à l'avènement de la République. Obsédée par la quête d'une homogénéité territoriale, elle demande à l'anthropologie de construire la Turquie dans la continuité du discours nationaliste des Jeunes Turcs. Les années 1960 et 1970, comme les deux coups d'État, accroissent la méfiance publique vis-à-vis de la discipline. Toute évocation de la différence est soupçonné de séparatisme, de sorte que ce sont surtout des chercheurs étrangers, ou travaillant hors de la Turquie, notamment aux États-Unis, en Angleterre ou en France, qui ont pu mener des travaux. Il a fallu attendre les années 1980 pour que puisse s'écrire une anthropologie soucieuse de rendre compte de la différence, sans volonté de la réduire. Aujourd'hui dénationalisée, mais très vive politiquement, l'anthropologie en Turquie peine à voir émerger uen anthropologie de la Turquie qui reste très éclatée.
    Reflet de cette situation, De l'État à l'intime se focalise sur l'État et la chose publique, pour arriver aux questions de l'intime, tout en montrant les relations étroites qui unissent ces deux pôles. Les politiques publiques occupent ici une place centrale, qu'il s'agisse des réformes menées par le gouvernement dans les domaines de la santé, de l'agriculture, du logement, de l'aménagement territorial, ou encore des récentes politiques sociales concernant les femmes, les enfants ou les anciens combattants. Dans le contexte de l'islamisation progressive de la société, liée à la présence au pouvoir depuis plus de dix ans du parti conservateur religieux AKP, la question des femmes et de l'identité, notamment religieuse, au cœur des réflexions sur la construction du lien social, est traitée dans plusieurs articles.
  • B. Fliche - Le mauvais oeil, l’angoisse et l’autre

    B. Fliche - Le mauvais oeil, l’angoisse et l’autre in La Célibataire 24 Qu'y a-t-il à attendre d'une psychanalyse ?, EDK, Paris 07/2012

  • B. Fliche - Les frontières de l'"orthodoxie" et l'"hétérodoxie" : türbe et églises à Istanbul

    Benoît Fliche, Les frontières de l'"orthodoxie" et l'"hétérodoxie" : türbe et églises à Istanbul in Religion and boundaries. Studies from the Balkans, Eastern Europe and Turkey, Galia Valtchinova (ed.), Istanbul, Isis press, 2010 388 p. - ISBN 978-975-428-412-6

  • B. Fliche - Participating without converting: the case of Muslims attending St Anthony's church in Istanbul

    Benoit Fliche, "Participating without converting: the case of Muslims attending St Anthony's church in Istanbul", Religious Conversions in the Mediterranean World [Islam and Nationalism], Nadia Marzouki and Olivier Roy (eds), Palgrave Macmillan, August 2013 p. 162-174 ISBN: 978-1-137-00488-8

  • B. Fliche - Retour sur la question de l'émigration en Turquie : Une analyse des propositions au départ dans un village d'Anatolie centrale

    Benoît Fliche, « Retour sur la question de l'émigration en Turquie : Une analyse des propositions au départ dans un village d'Anatolie centrale » in Kamel Chachoua (dir) , L'émigration Algérienne en France, Un cas Exemplaire, Hommage à Abdelmalek Sayad (1933-1998), Alger, CNRPAH, 2012, pp139-152.

  • B. Fliche : « Bizim Mehmet » : loi patronymique famille et homonymie en Anatolie centrale

    Benoît Fliche : « Bizim Mehmet » : loi patronymique, famille et homonymie en Anatolie centrale in Politiques du nom : la réforme des noms propres en Turquie et ses enjeux Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine2013/2 (n° 60-2) p. 106-126
  • B. Fliche : La « fausse morte » et le fonctionnaire: ethnographie d'une exfoliation

    Benoît Fliche La « fausse morte » et le fonctionnaire: ethnographie d'une exfoliation in M. Aymes, B. Gourisse, É. Massicard (dir.), L'art de l'État en Turquie. Arrangements de l'action publique de la fin de l'Empire ottoman à nos jours, Paris, Karthala, 2014. p.361-374

  • B. Fliche Ethnographie d'une pratique de l'indifférence. Les écritures votives de l'église Saint Antoine à Istanbul

    Benoît Fliche, "Ethnographie d'une pratique de l'indifférence. Les écritures votives de l'église Saint Antoine à Istanbul" in B. Fliche, H. Bayard-Çan (dir.) Turquie. De l'État à l'intime, Ethnologie française Vol 44-2 (2014) 319-330

  • B. Fliche N. Clayer A. Papas - L'autorité religieuse et ses limites en terres d'islam

    B. Fliche N. Clayer A. Papas (dir.) - L'autorité religieuse et ses limites en terres d'islam, [Social, Economic and Political Studies of the Middle East and Asia 110], Leiden, Brill, 2013 x, 278p ISBN 9789004244528

  • Benoît FLICHE

    Benoît FLICHE
    CR1 CNRS
     
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  • Benoît Fliche : Chronique d'un "exil" : Réseaux biographie et fluidité sociale

    Village ayant subi l’exode rural, comme toute la région de Yozgat (Anatolie Centrale, Turquie) dans laquelle il se situe, Büyükkışla a cette particularité de connaître depuis quatre ans une renaissance alors même qu’il avait totalement disparu vingt ans auparavant et que ses habitants semblaient en avoir fait le deuil. Réinvestissant ce lieu “ physiquement ”, avec la reconstruction de maisons, comme “ symboliquement ”, à travers la création d’une association, les anciens villageois, maintenant ankariotes ou gurbetçi (exilé – migrant) mettent en place un processus de patrimonialisation de ce territoire.
    Ce phénomène de retour est impulsé par Duran, un ancien göç (migrant) de France qui a effectué en 1996 son retour “ définitif ”. Si cet homme d’une cinquantaine d’années est devenu très rapidement mon “ informateur privilégié ”, nos relations ne s’arrêtent pas là : cherchant à rendre compte de son étonnant parcours dans le cadre de ma thèse, je suis aussi ce que l’on pourrait appeler son “ biographe ”. L’objectif principal de cette biographie ne réside pas dans l’élaboration d’une illustration, d’un simple exemple visant à donner chair à un discours ethnologique qui nous entraînerait dans l’un des travers si bien décriés par Passeron (1990) : celui de croire que, parce que plus suggestive par l’expérience “ vécue ” qu’elle offre, la biographie est forcément plus pertinente et se justifie par ce biais d’elle-même, sans qu’aucune interrogation méthodologique ne lui soit portée . Si je cherche à explorer plus avant les ressorts de cette vie, c’est qu’en arrière-plan se profile l’ambition de mieux comprendre comment s’articulent la liberté individuelle, les rôles qu’endossent les individus pour pouvoir se mouvoir, avec plus ou moins d’efficacité, au sein d’un paysage social et les normes sociales comme contraintes mais aussi comme édificatrices de ces rôles. Or, il semble que la biographie soit “le lieu idéal pour vérifier le caractère interstitiel de la liberté dont disposent les agents comme pour observer la façon dont fonctionnent concrètement des systèmes normatifs qui ne sont jamais exempts de contradictions” (Lévi, 1989 :1333). Plus largement, il s’agit de montrer que si, bien évidemment, le contexte social imprègne un individu, contexte qu’on ne peut se passer de décrire, —“ les biographies ne parlent pas toutes seules ” disait Lévi-Strauss à propos de Soleil Hopi (1948)— il faut aussi souligner comment ce même individu influence le contexte social, joue avec ses normes, se dégage un espace de liberté.
    Pour ma part, répond en écho à cette approche biographique, une notion largement utilisée en sciences sociales : celle de “ réseau social ”. Elle paraît en effet “ tout à fait utile dès lors qu’on s’intéresse à des individus et à l’usage qu’ils font de leurs rôles plutôt qu’à des rôles et à la manière dont ils investissent des individus ; à des pratiques qui jouent des limites institutionnelles ou qui les traversent plutôt qu’à des pratiques qui les confirment ” (Hannerz, 1980 : 225), à condition de ne pas céder à une rationalisation outrancière des acteurs, travers dont nous met justement à l’abri une approche biographique.
    C’est dans cette perspective que s’inscrit l’exploration d’un chapitre de la vie de Duran, celui de son expérience migratoire en France (1973-1996). Cette “ chronique d’un exil (gurbet) ” est finalement une mise en débat de cette posture méthodologique qui tente de corréler une approche biographique à une approche réticulaire dans l’espoir de rendre plus intelligible ce que l’on pourrait nommer “ la fluidité de la vie sociale ”.

    Où Duran apprend ce “ dur métier qu’est l’exil ” …

    La famille de Duran fait partie de cette classe de villageois légèrement aisée, suffisamment riche pour permettre à ses enfants mâles de migrer ; migration synonyme d’une promotion sociale non négligeable. Il serait cependant erroné de croire que le départ de Duran pour la France s’inscrit dans un vaste projet familial : le candidat familial désigné à l’immigration n’est pas lui mais son frère cadet qui fut le premier à tenter l’aventure à Ankara comme poissonnier. Par la suite, son mariage confirma cette sélection parentale comme migrant, car il était bien plus “ stratégique ” d’un point de vue migratoire que celui de son frère aîné : en épousant la fille du premier kislali (originaire de Büyükkisla) à avoir migré en Allemagne, il lui devenait facile de partir comme “ gendre ”. À la différence de son frère, Duran ne profite d’aucune stratégie familiale pour migrer mais d’une “ occasion ”. Revenu en 1973 de son service militaire où il avait appris des rudiments de maçonnerie, il se présente comme maçon au bureau de l’IIBK qui l’envoie quelques mois plus tard à Narbonne (sud de la France). Ce départ, pris en charge par l’Etat, ne nécessite donc aucun investissement financier de la famille . Plus que d’une politique migratoire familiale, il est le fruit de la chance : sur la trentaine de jeunes candidats, deux seulement sont retenus.
    Duran arrive donc à Narbonne avec un groupe de douze autres migrants en 1973 : les premiers Turcs de Narbonne. La CFDT apprend alors l’existence de ce groupe d’immigrés et envoie deux femmes donner des cours d’alphabétisation. Assez rapidement, Duran va se distinguer de ses compatriotes par une ardeur au travail peu commune, par sa capacité d’apprentissage du français , lui qui n’a pas eu la chance de poursuivre ses études au-delà de l’école primaire, mais aussi —contrairement à ses collègues— par la compréhension des avantages que peut lui procurer la fréquentation de ce syndicat. Il noue des relations qui se révèlent forts utiles lorsque l’entreprise de bâtiment qui l’embauchait dépose le bilan neuf mois après son arrivée en France.
    Trois possibilités s’offrent alors à notre gurbetçi : la première est de retourner en Turquie, solution à vrai dire inimaginable tant ce retour “ prématuré ” signifie pour lui un aveu d’échec ; la deuxième est de partir comme les douze autres turcs aux quatre coins de la France pour retrouver d’autres familles turques et un travail ; la dernière est de rester sur place. Alors qu’il maîtrise encore peu la langue française et qu’il pourrait rejoindre un cousin à Strasbourg, Duran prend la décision de demeurer à Narbonne. Sa stratégie consiste à s’éloigner de ses compatriotes, cela pour se doter d’un “ capital ” culturel dont il sait que l’acquisition ne peut passer que par cette phase d’isolement. Il fuit un environnement régi par des liens “ forts ”, des relations multiplexes , qui offrent de nombreux avantages (sécurité, emploi,…), mais qui sont aussi source d’une haute normativité. Il préfère, durant cette période, établir des liens “ uniplexes ” qui lui permettent de conserver une autonomie, quitte à les transformer par la suite en liens multiplexes (via l’amitié, par exemple). Sortant délibérément du champ migratoire turc, il s’aventure, tel un pionnier, en des terres vierges, devenant par là un “ migrant actif ” (Simon, 2000).
    Grâce à la CFDT, il obtient un emploi dans une usine de peinture, ce qui lui permet de faire de très rapides progrès en français. Après quoi, il retourne dans le milieu du bâtiment comme ouvrier. Deux ans d’épargne lui permettent d’effectuer un premier retour en Turquie durant l’été 1975. Il y fait construire un immeuble de trois étages sur le bout de terrain que son père lui avait demandé d’acheter quelques années auparavant à Ankara, et y installe ses parents, sa jeune sœur, sa femme et ses enfants. Trois des quatre appartements sont loués, les loyers assurant ainsi la subsistance de la famille. Puis il retourne en France, toujours sans sa famille.
    Ainsi se clôt cette période de premiers contacts avec la France. Duran a réussi en deux ans à apprendre un métier, une langue étrangère, à nouer des relations professionnelles et amicales avec quelques Français, pour en définitive investir ses petites économies en Turquie, dans un immeuble de Sentepe, quartier de gecekondu (habitat auto-construit) d’Ankara où se trouvent réunis la plupart des Kislali. A lui, revient la charge de s’occuper de ses parents : ses frères, partis en Allemagne, avaient aussi la possibilité financière de faire construire mais ils ne l’ont pas fait. Il faut attendre 1975 —époque à laquelle le village s’était déjà considérablement vidé— pour que ses parents puissent enfin s’installer à Ankara. Cependant, s’il remplit son devoir de fils aîné, signant par là son attachement à son milieu d’origine —c’est d’ailleurs de lui qu’il attend une reconnaissance “ sociale ”— il ne demeure pas moins jaloux de son autonomie gagnée en France, ce qui explique son retour sans sa femme et ses enfants. Nous pourrions dire, pour reprendre une typologie d’Hannerz , qu’il est alors dans une phase de ségrégation : il investit de façon équilibrée dans plusieurs zones de son réseau sans que ces derniers ne soient en relation les uns avec les autres. Deux zones sont ici clairement identifiables : la zone “ française ” et la zone “ turque ”.
    S’amorce dès lors une deuxième période où il va progressivement prendre la figure d’articulateur social.

    Où Duran devient le premier Turc de Narbonne…

    Revenu en France, il s’installe comme artisan-maçon et très rapidement se fait connaître par l’excellent rapport qualité-prix qu’il offre. Des entrepreneurs immobiliers lui proposent alors un nouveau type de travail. Il ne s’agit plus simplement de faire quelques travaux de maçonnerie mais de construire des lotissements. La technique est la suivante : une entreprise sous-traite à Duran le “ gros œuvre ” (fondation, murs,…), et ce dernier se charge uniquement d’amener sur place la main d’œuvre qu’il paie à “ la tâche ”, c’est-à-dire au mètre carré. Il cherche alors des ouvriers qui trouvent leur compte dans ce travail et avec lesquels il puisse s’entendre (presque au sens littéral). Sa politique de recrutement commence dès 1979. La même année, il désire acquérir un immeuble, ce qui nécessite la venue de sa famille : en mars, ses enfants et sa femme s’installent à Narbonne. 1979 marque donc un véritable tournant dans sa carrière de migrant : sa période d’errant se clôt et débute sa carrière d’entrepreneur ainsi que celle d’articulateur ou de pivot communautaire. Il rentre alors progressivement dans une phase d’intégration (Hannerz, 1980 : 320) : au fur et à mesure, il va connecter des segments de son réseau à d’autres alors qu’aucun lien n’existait entre eux .
    Deux secteurs de la zone “ turque ” de son réseau se mettent en place en 1979 : le premier est constitué de liens faibles, le second de liens forts puisque familiaux. Pour composer le premier secteur de cette zone, Duran entre en contact avec l’un de ses compatriotes des premières heures à Narbonne, parti à Bollène après la “ faillite ”, et qui est devenu son ami. Il le charge d’opérer un premier “ recrutement ” dans cette ville. Ce dernier s’effectue alors en fonction des liens amicaux qui unissent les migrants, amitié qui se trouve appuyée par une commune confession, l’alévisme . Cela n’est pas sans conséquence sur la nature des liens entre Duran et les nouveaux arrivés : de liens faibles, uniplexes, on passe rapidement à des liens plus forts, multiplexes. D’autre part, l’information circule et se crée une dynamique migratoire en direction de Narbonne, phénomène qui échappe au contrôle de Duran.
    Le deuxième secteur est familial. Duran fait venir tout d’abord son beau-frère, son cousin de Strasbourg, son deuxième frère, un cousin resté en Turquie. Après quoi, la chaîne migratoire familiale prend de l’autonomie et chaque membre de la famille fait venir qui son cousin, qui son bacanak , qui son neveu.
    Si ces chaînes migratoires semblent se constituer “ au petit bonheur la chance ”, leur formation répond néanmoins à certains “ principes ” structurant l’expérience migratoire. Le premier est qu’on ne migre qu’à “ bonne distance sociale ” : le migrant cherche un minimum de solidarité qui lui permette une assise pour mener à bien son “ projet migratoire ” (s’il existe !) mais évite de s’enfermer dans des rapports générateurs de contrôle social trop sévère. À cela s’ajoute la “ dette ” que l’on doit à l’accueillant. Elle paraît proportionnelle à la puissance du lien familial qui relie le migrant et l’accueillant : ainsi le migrant gagnera son autonomie plus rapidement s’ils sont éloignés, la “ dette ” paraissant moins conséquente. D’autre part, l’honneur du migrant serait sans doute atteint s’il devait compter sur l’aide d’une personne qui lui est hiérarchiquement inférieure, ce qui explique qu’il est exceptionnel de voir un cadet faire migrer son aîné. À Narbonne, j’ai pu remarquer que rares étaient les primo-migrants qui avaient fait venir leurs frères tout simplement parce que ces derniers ne voulaient pas ! Ils préféraient avoir recours à d’autres chaînes migratoires, toujours familiales mais plus “ souples ”, qui ne généraient pas une concurrence rapidement insupportable parce que fraternelle. La relation privilégiée est celle de cousinage : le lien de parenté est assez puissant pour susciter une entraide, mais il reste assez lâche pour que l’on conserve une certaine indépendance. Pour migrer, on privilégie des rapports d’égalité.
    Duran peut dorénavant prétendre à une haute position sociale à l’intérieur de cette communauté naissante, si bien qu’en se créant, elle ne va pas l’entraver dans sa quête de liberté sociale. Au contraire, elle va lui procurer les moyens d’acquérir un “ honneur ”, un “ prestige ” social, désigné en turc par le terme de seref. Il est en position de force et l’arrivée d’autres migrants turcs qui auront une dette envers lui viendra le confirmer dans cette position.
    À partir de 1979, Duran est un pont, un passage obligé, entre deux mondes qui s’ignorent mais qui sont en relation d’interdépendance : le monde des entrepreneurs et celui de la communauté turque fraîchement installée et qui ne cesse de croître. Conjuguant plusieurs rôles, il s’engage dans une carrière d’ articulateur entre le pays d’accueil et la communauté turque, ainsi qu’à l’intérieur de celle-ci. Il est avant tout l’intermédiaire inévitable entre le nouveau migrant et l’administration française, étant le seul à maîtriser suffisamment le français pour connaître et remplir tous les formulaires administratifs. C’est encore vers lui que l’on se tourne pour la location d’une salle de mariage ou lorsque l’on a quelques démêlés avec la police. On le perçoit alors comme représentant de cette communauté devant la justice. Si bien que très vite, il s’en sent responsable et endosse le rôle de gardien : au courant de tout, il fait attention à ce que le “ calme règne ”. Il cherche à ce que la communauté reste “ discrète ” aux yeux des autorités et sait se faire entendre. Pour finir, il devient le coordinateur de cette communauté en étant à l’origine de multiples initiatives : la création de nombreuses associations, la venue d’un instituteur turc, celle d’un imam après l’ouverture d’une mosquée, l’organisation de pique-niques etc.
    Il concentre toutes les sources de l’autorité et devient un personnage central par la taille et la nature de son réseau. La première composante en est ce milieu communautaire dense, aux relations multiplexes, qui engendre inévitablement une normativité et un contrôle social fort rappelant l’ambiance villageoise turque. La deuxième est moins dense, constituée de liens uniplexes avec les “ Français ” que Duran tente souvent de convertir en liens multiplexes. Ainsi son réseau couvre l’ensemble des couches sociales de Narbonne (du député au dernier arrivé des migrants) et se caractérise par une haute centralité de proximité : Duran a besoin de peu d’intermédiaires. Le tout étant appuyé par une réussite économique exemplaire, il est alors le Turc le plus puissant de Narbonne, une position qu’il maintiendra dix ans.

    Où Duran connaît les “ affres du destin ”…

    N’arrivant pas à maîtriser la croissance du flux migratoire, Duran se trouve submergé par de nouveaux migrants débarqués à Narbonne parfois dans un état d’indigence. En effet, à partir de la fin des années 1980, des filières clandestines (sebeke) de migrants s’installent, irriguant la région narbonnaise via l’Espagne. Elles ont une conséquence directe sur le réseau de notre protagoniste : Duran est obligé d’augmenter le nombre d’intermédiaires turcs pour pouvoir agir dans l’ensemble de la communauté, perdant ainsi en centralité de proximité.
    Par ailleurs, ces flux de population entraînent la scission entre Alévis et Sunnites en 1988. Jusqu’alors, les dissensions religieuses de Turquie n’avaient pas atteint Narbonne, Duran s’étant montré vigilant sur le recrutement de l’imam. Cependant le flux migratoire apporte des populations peu enclines à la tolérance religieuse, si bien qu’on assiste à une montée de l’islamisme et à une crispation identitaire alévie. En un an, la communauté turque se fracture sans que cela entame toutefois les relations de travail. Alévis et Sunnites ne se fréquentent plus mais continuent à collaborer sur les chantiers, la logique étant que l’on privilégie les liens faibles aux liens forts dans ce domaine, puisqu’ils garantissent la conservation d’une certaine indépendance, d’une certaine souplesse. Cette fracture a des conséquences sévères sur la position de coordinateur de Duran : au début des années 1990, il ne peut désormais coordonner des actions sociales qu’au sein du groupe alévi.
    Certains de ces nouveaux arrivants ne suivent plus les filières classiques (hemsehrilik ou akrabalik) et vont constituer une main d’œuvre très bon marché. Perçus non comme des “ touristes-cousins ” mais comme des “ touristes-clandestins ” par les primo-migrants, ils sont largement exploités dans le système de sous-traitance qui fonctionne alors dans le secteur du bâtiment. En 1990, l’affaire des “ filières turques ” de Narbonne éclate : le préjudice envers l’URSSAF et les ASSEDIC s’élève à plus de cent millions de francs. Plusieurs entrepreneurs turcs tombent. Parce que son fils sert d’interprète et que lui-même est “ réquisitionné ” comme intermédiaire entre forces de police et populations turques, Duran chancelle de son piédestal, la rumeur l’accusant de collaboration.
    Mais si l’affaire des “ filières turques ” lui a porté atteinte, son déclin s’explique avant tout par la sombre conjugaison de la désintégration successive de ses rôles. Son pouvoir d’intermédiaire s’étiole avec l’arrivée à l’âge adulte des enfants de primo-migrants : ces derniers n’ont plus besoin de Duran, leurs enfants étant parfaitement francophones. Le nombre de ses intermédiaires augmente, lui faisant ainsi perdre de sa centralité. La “ fracture ” a réduit son action coordinatrice au seul groupe alévi, “ l’affaire ” a affaibli son prestige. Sa seule protection contre la force corrosive des dedikodu devient de plus en plus évanescente et il commence à ressentir son enclavement. À cela s’ajoutent les choix conjugaux de ses enfants qui sont très mal perçus : prendre un “ Français ” comme conjoint revient, pour une population dont l’arrière-fond culturel impose un maintien de la pureté du sang, à un métissage fort critiquable. Duran est alors mis à rude épreuve : il se trouve en contradiction entre son esprit “ universaliste ”, sa “ modernité ” affichée, et les mécanismes de défense de son honneur structuré par des codes qui ne sont plus les siens, mais dont il ne peut se départir justement en raison de son appartenance identitaire. Au problème d’honneur familial (de namus), se joint une remise en question de son identité “ turque ”. Sa fille “ avec un Français ”, son fils “ avec une Française ” signifie qu’il n’a pas su les protéger d’une “ francisation ”, et cela parce que lui-même n’est plus réellement “ turc ”. “ Au-dessus de la mêlée ” durant dix ans, il se retrouve donc piégé par ces réseaux denses, travaillés par l’auto-surveillance et le commérage, où compte plus que tout l’image que l’on offre à l’autre.
    Le “ coup de grâce ” lui est asséné en 1995 : il tombe gravement malade et doit interrompre ses activités dans le bâtiment. Un an plus tard, à la surprise générale, il effectue son “ kesin dönüs ” (retour définitif).

    Où Duran retourne cultiver son jardin…

    Parti simplement en vacances en 1996, il décide de demeurer en Turquie pour faire revivre son village entièrement abandonné. Pour ce faire, voyant qu’aucune initiative de ce type n’avait vu le jour alors que c’est là un mode associatif très développé en Turquie, il commence par créer une association villageoise à Sentepe (Ankara). Grâce à un cousin resté à Ankara qui lui indique quelques personnes intéressées, il présente son idée à l’ensemble des hemsehri ankariotes. Sa principale difficulté réside alors dans le fait que ces citadins semblent avoir tiré un trait définitif sur ces terres et ce passé rural. Cependant, jouant sur un imaginaire du village encore vif, Duran arrive en un an à rassembler autour de ce projet associatif l’ensemble des anciens habitants de Büyükkisla.
    Duran ne s’arrête pas là. Une fois l’association fondée, il repart au village pour s’y installer malgré l’incompréhension générale et les commérages acerbes. Son obstination est toutefois payante : il prouve à l’ensemble des kislali qu’il est à nouveau possible de vivre à Büyükkisla et il remporte son pari, celui de relancer une dynamique circulatoire en direction du village. Un an après son installation, un épicier de Sentepe vient le rejoindre et se lance dans l’agriculture. Bientôt, plusieurs ankariotes reconstruisent leur maison, y séjournant l’été pour rentrer l’hiver à la capitale. Une nouvelle circulation Ankara-Büyükkisla voit donc le jour, sous-tendue par une “ esthétique ” —un renouveau du “ goût du village ” — ce qui s’accompagne de nombreuses entreprises de revitalisation de ce lieu, toutes orchestrées par Duran. En moins de trois ans, il réussit à faire planter une forêt avec l’aide des jeunes ankariotes de l’association, à rétablir la route jusqu’au village, et récemment à restaurer le muhtarlik (la mairie), ce qui fait de Büyükkisla le plus petit village, reconnu juridiquement comme tel, de la région. Bien évidemment, la fonction de muhtar (maire) lui revient “ tout naturellement ”, confirmant ainsi la reconquête de sa place d’articulateur social.

    À la croisée des chemins : réseaux sociaux et histoire de vie

    En conclusion, il semble pertinent de revenir sur les usages et les limites de cette approche en termes de “ réseau ”. Deux acceptions se présentent. La première pourrait être qualifiée de métaphorique (akrabalik, hemşehrilik etc.). Cet usage “ métaphorique ” a son utilité, mais le survol qu’il opère sur des problèmes centraux peut paraître regrettable. Dans cette perspective, on se limite trop souvent à dire que les individus puisent, pour arriver à leurs fins, dans tels ou tels stocks disponibles de relations (réseau familial ou hemsehri) sans que l’on se pose réellement la question des modalités, des contraintes, des marges de liberté qui sous-tendent ces expériences individuelles réticulaires. On en conclut rapidement que les réseaux des migrants sont le fruit de situations, d’opportunités que leurs procurent leur mode de sociabilité et de stratégies spécifiques à la migration. Ils sont alors désignés comme “ informels ” : les migrants n’utilisent pas les réseaux hemsehrilik et akrabalik selon des règles précises (ce qui nous arrangerait bien) mais profitent des aubaines qui s’offrent à eux, opportunistes qu’ils sont !
    Face à cela, l’approche “ sociométrique ”, avec formules mathématiques et langage des graphes, se présente comme une critique de ces utilisations “ métaphoriques ” de la notion de “ réseau social ”. Soucieuse de contextualiser l’action, elle implique une grande richesse ethnographique puisqu’elle requiert des réseaux “ complets ”, c’est-à-dire des réseaux dans lesquels le chercheur dispose d’informations sur la présence ou l’absence de relations entre deux membres de l’ensemble social, quels qu’ils soient. Or, si cette méthode est extrêmement pertinente lorsque l’on travaille sur de très petites populations, elle devient difficile à mettre en œuvre dès que l’on dépasse une centaine d’individus, si bien que généralement le chercheur n’a affaire qu’à des réseaux partiels.
    Entre ces deux acceptions, l’ethnologue paraît dans l’obligation de trouver une juste distance méthodologique qu’il ne peut adopter qu’en s’interrogeant au préalable sur ce que lui apportent ces analyses de réseaux. Pour moi, elles se révèlent particulièrement fécondes dans une perspective théorique qui cherche à rendre compte de cette “ fluidité de la vie sociale ”, fluidité qui doit impérativement être corrélée à la notion de “ carrière ”, c’est-à-dire d’“ une organisation séquentielle des situations vécues ” (Hannerz, 1980 : 334), en faisant ainsi appel à d’autres notions comme la formation d’un répertoire de rôles, de phases, etc., sans toutefois éliminer du champ des interrogations les ressorts de cette carrière. Il s’agit en définitive d’écrire une ethnologie “ des croisées de chemins ”, moments dialectiques entre liberté individuelle et contexte social.
    Pour ce faire, j’ai recours à la biographie que j’envisage sous l’angle d’une description compréhensive. Cette dernière me semble le plus sûr garde-fou aux dérapages qui nous amèneraient seulement à montrer combien le contexte social imprègne un individu sans que l’on ne cherche à dégager comment ce même individu influence en retour ce contexte, ou qui nous ferait penser que nous avons affaire à des personnes douées d’une rationalité sans faille ou, pire, d’un parcours sans aléas. Ici résidait le pari de ces quelques lignes.
    Duran commence sa “ carrière ” de migrant comme outsider. Il passe par plusieurs phases d’inscription sociale : isolement, ségrégation, intégration, enclavement. Il prend plusieurs figures (migrant actif, …) et se constitue un répertoire de rôles qui s’organise autour d’un rôle plus vaste, celui d’articulateur : d’abord intermédiaire, puis représentant, gardien, et coordinateur. Revenu à Ankara, il décide de reconquérir cette place d’articulateur. Restent alors à déterminer les ressorts de cette carrière. Nous devons probablement les chercher dans son perpétuel souci d’indépendance face à des normes sociales auxquelles il ne peut pas échapper et avec lesquelles il doit composer. Le prestige et le pouvoir qui découlent de ce rôle d’articulateur le mettent à l’abri de ces pressions normatives, lui dégageant ainsi un espace de liberté dans un milieu social aux réseaux denses dont l’affirmation des normes passe entre autres par le dedikodu, la rumeur. Et de cet espace interstitiel entre normes et liberté individuelle se crée, par deux fois, une dynamique sociale qui va toucher l’ensemble des kislali.


    Références bibliographiques

    • Bozarslan H., “ État, religion, politique dans l’immigration ”, Peuples méditerranéens, n°60, 1992.
    • Degenne A, Forsé, M., Les réseaux sociaux, Paris, Armand Colin, 1994.
    • Gokalp A., Têtes Rouges et Bouches Noires, Paris, Société d’ethnographie, 1980.
    • Gokalp A., “ Les Alévis ”, in Yérasimos S., Les Turcs. Orient et Occident, Islam et laïcité, Paris, Autrement, 1994.
    • Hannerz U., Explorer la ville, Paris, Les éditions de Minuit, 1980.
    • Levi G., “ Les usages de la biographie ”, Annales, ESC, 44 (6), 1989.
    • Lévi-Strauss C., “ Compte-rendu de Sun Chief, the autobiography of a Hopi Indian, par L. Simmons ”, Année sociologique, Troisième série, I, 1940-1949.
    • Loriga S., “ La biographie comme problème ”, in Revel, J., Jeux d’échelles. De la micro-analyse à l’expérience, Paris, Le Seuil, Gallimard, 1996.
    • Olsson T., Özdalga E., Raudvere C., Alevi Identity. Cultural, religious and social perspectives, Istanbul, Swedish research Institute in Istanbul, “ Transactions ” (8),1998.
    • Passeron J-C., “ Le scénario et le corpus. Biographies, flux, itinéraires, trajectoires ”, Revue Française de Sociologie, XXXI, 1990.
    • Simon G., “ Le concept de champ migratoire ”, communication présentée à la table-ronde “ champs migratoires et structures urbaines ”, GEOFORUM, Aix-en-Provence, 2000.
    • de Tapia S., L’impact régional en Turquie des investissements industriels des travailleurs émigrés, Paris, L’Harmattan, “ Varia Turcica ”, 1996.
  • Çalıştay Soyadı ve yönetim. Türkiye'de soyadının yerleşmesi ve neticeleri 15/04/2011

    Workshop: "Soyadı ve yönetim. Türkiye'de soyadının yerleşmesi ve neticeleri" 

    "Tanzimat’dan bugüne Türkiye’de yönetim ve idare tarzları " semineri kapsamında 

    15 Nisan Cuma 2011'de saat 09:00-18:00 arası 
    Katılımcılar: 
    Emmanuel Szurek, EHESS/ENS
    Marc Aymes, CNRS/CETOBaC
    Olivier Bouquet, Université de Nice Sophia Antipolis
    Christian Bromberger, Université de Provence
    Meltem Türköz, Işık Üniversitesi
    Élise Massicard, CNRS/IFEA
    Benoît Fliche, CNRS/IFEA
    Samim Akgönül, Université de Strasbourg

     

  • Charles Melman - Amour et désir chez Freud et Lacan : 08/10/2011

    Conférence de Charles Melman (psychanalyste)

    Samedi 8 octobre 2011 à 17h au lycée Notre-Dame-de-Sion
    "Amour et désir chez Freud et Lacan"
    Intervention en français avec traduction simultanée en turc

  • Conférence thématique Migrations : 02/11/2012

    Conférences-débats à l'attention des étudiants en Master Relations Internationales de l'Université Koç

    Ahmet İçduygu (Koç Universitesi, directeur du programme MiReKoç) "Europe, Turkey, and International Migration: An Uneasy Negotiation"
    Benoit Fliche (IFEA) "Migrations et urbanisation: des villages urbains?"
    Vendredi 2 novembre de 14 à 17h à l'IFEA
    Sur invitation
  • É. Massicard, B. Fliche : Die Ulusoy-Familie in der republikanischen Türkei: Abstammungsgebundene religiöse Autorität und Versuche ihrer Transformation

    Élise Massicard, Benoît Fliche : "Die Ulusoy-Familie in der republikanischen Türkei: Abstammungsgebundene religiöse Autorität und Versuche ihrer Transformation" in Langer R., Aguiçenoglu H, Karolewski J., Motika R. (dirs) Ocak und Dedelik. Institutionen religiösen Spezialistentums bei den Aleviten, [Heidelberger Studien zur Geschichte und Kultur des modernen Vorderen Orients 36] PeterLang, Frankfurt am Main, 2013. 350p. ISBN 978-3-631-57676-2

  • E. Szurek, B. Fliche "La révolution de la langue par le bas. Les archives du Dil Bayramı" 12/02/14

    Séminaire "Transfaire"
    Mercredi 12 février à 14h à l'IFEA
    Emmanuel Szurek(Université de Princeton), Benoît Fliche (CNRS)
    "La révolution de la langue par le bas. Les archives du Dil Bayramı"
    Présentation en français, sur invitation

  • Études rurales 186 juillet-décembre 2010

    Etudes rurales n°186, 2010/2, Ruralité, urbanité et violence au Kurdistan, Paris, ed. de l'EHESS, 2011 248 p. ISBN 9782713222955

  • Groupe d'écriture et de lecture en anthropologie

    Organisateur : Benoît Fliche

    Ce groupe s’est donné une double vocation : la première est de partager expérience de terrain et d’écriture en un atelier ouvert à tous. Les séances ont lieu une fois par mois. Les langues de travail peuvent être le français, le turc ou l’anglais, selon le choix de l’intervenant. L’idée n’est pas de présenter des travaux finalisés mais plutôt des « brouillons » de recherche qui peuvent être soumis à la réflexion du groupe.

    Le second objectif est d’organiser des conférences pour faire connaitre l’anthropologie de la Turquie à un public plus large que le seul monde universitaire. Lorsque cela est possible, ces conférences mensuelles s’adossent à un film documentaire. Elles peuvent se dérouler en français, turc ou anglais.

  • Histoire du poil

    Benoît Fliche, "Élements pour une trichologie turque" in Histoire du poil, MF. Auzépy, J. Cornette (dir.), Paris, Belin, 2011 350 p. - ISBN 9782701148212

     

  • Journée d'études Nommer et ordonner ? L'introduction des noms de famille en Turquie 15/04/2011

    Journée d'étude "Nommer et ordonner ? L'introduction des noms de famille en Turquie"

    Dans le cadre du séminaire "Administrer et gouverner en Turquie depuis les Tanzimat"

    Vendredi 15 avril 2011 de 9 à 18h à l’IFEA
    Intervenants
    Emmanuel Szurek, EHESS/ENS
    Marc Aymes, CNRS/CETOBaC
    Olivier Bouquet, Université de Nice Sophia Antipolis
    Christian Bromberger, Université de Provence
    Meltem Türköz, Işık Üniversitesi
    Élise Massicard, CNRS/IFEA
    Benoît Fliche, CNRS/IFEA
    Samim Akgönül, Université de Strasbourg

  • M. Aymes B. Gourisse É. Massicard : L'art de l'État en Turquie. Arrangements de l'action publique de la fin de l'Empire ottoman à nos jours

    Marc Aymes, Benjamin Gourisse, Élise Massicard, L'art de l'État en Turquie. Arrangements de l'action publique de la fin de l'Empire ottoman à nos jours, Paris, Karthala, janvier 2014, 432p. ISBN 9782811110253

  • Matières à transfaire. Espaces-temps d’une globalisation (post-) ottomane

    Programme de recherche financé par l'Agence nationale de la recherche (réf. ANR-12-GLOB-003)

    À l’encontre des travaux qui analysent la mise en circulation de pratiques, d’instruments, de normes et de savoirs comme étape subséquente à leur production localisée, le projet Transfaire vise à étudier les instruments techniques et symboliques produits et reproduits par la circulation. Notre objectif est double. Il s’agit, d’une part, de proposer une nouvelle approche des connexions, concomitances et interdépendances dont les espaces (post-)ottomans ont pu être partie intégrante, à l‘encontre des analyses se bornant à penser les échanges en termes de diffusion et d’importation à sens unique ; et d’autre part, de dresser une chronologie révisée des modalités de gouvernance et d’extraversion de l’Empire et de la République, découplée des grandes césures qui ont marqué les histoires politiques locales ou régionales, en général considérées ipso facto comme valables pour l’ensemble de la vie politique.

    À la problématique du « transfert », qui présume de domaines censément « propres » à chacune des régions concernées, notre questionnement substitue une approche des modalités du transfaire, attentive aux processus de traduction et de coproduction des vecteurs normatifs et matériels du politique. Il veut penser les interrelations afin que, sous couvert de « transfert », ne soit pas simplement reconduite la marqueterie de régions (géométriquement et chronométriquement) incommensurables. 

    Le projet Transfaire fait fond sur les résultats et les pistes ouvertes par le groupe de recherche Transtur (« Ordonner et transiger : modalités de gouvernement et d’administration en Turquie et dans l’Empire ottoman, du XIXe siècle à nos jours »), coordonné par Élise Massicard et financé par l’ANR entre 2008 et 2012 (plus d’informations ici). Il s’en distingue en portant une attention renouvelée aux phénomènes d’extraversion, de traduction et de transferts, dont la compréhension nécessite la mise en place d’une boîte à outils théorique et méthodologique, ainsi qu’un programme consacré, que les thèmes traités et les contraintes de temps rencontrées dans Transtur n’ont pas permis d’investir. Ainsi Transfaire vient-il pérenniser une dynamique de recherche déjà lancée, afin de faire émerger des percées théoriques généralisables et de produire du savoir à forte utilité sociale, dans une période de transformation des équilibres régionaux dans lesquels sont pris les pays de l’espace post-ottoman.

    L’équipe de Transfaire regroupe 25 chercheurs et enseignants-chercheurs historiens, politistes, sociologues, anthropologues et géographes. Ses priorités se déploient selon 3 axes :

    1. les matérialités de l’objectivation politique,
    2. l’analyse des instruments normatifs de la décharge publique,
    3. Épreuves et acteurs de la traduction.

    L’organisation générale se structure autour de deux noyaux géographiques autour desquels gravitent les membres de l’équipe : l’un parisien, au Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques, l’autre stambouliote, à l’Institut français d’études anatoliennes. Sur chacun des deux sites, un correspondant permanent, recruté sur un statut de chercheur post-doctorant, veille à l’organisation logistique et scientifique des activités de l’équipe. En concertation avec le coordinateur principal du projet – Marc Aymes – les deux correspondants permanents – actuellement Ségolène Débarre et Benjamin Gourisse – assurent la synchronisation des activités des membres de l’équipe. Ils organisent les séminaires bimensuels, qui entretiennent la cohésion et l’échange au sein des groupes de travail, ainsi que les assemblées générales annuelles, au cours desquelles les difficultés rencontrées par chacun sont exposées, les travaux présentés, et les projets éditoriaux discutés.

    La communication scientifique et la valorisation passeront par plusieurs dispositifs : deux journées d’études annuelles seront organisées, ainsi qu’un colloque international de présentation des travaux de l’équipe, à la fin de la troisième année du programme ;des collaborations seront nouées avec des membres du LabEx Tepsis (Ehess / Pres Hesam), dont le Cetobac est partie prenante ; un site internet sera prochainement mis en place, au fur et à mesure que l’avancement des travaux permettra d’assurer la richesse de son contenu. 

     

  • Politiques énergétiques métropolitaines : le cas des villes turques : 29/05/2012

    PROGRAMME

    Séminaire organisé par l'Institut français d’études anatoliennes, l'Université de Galatasaray et Environnement Ville Société, CNRS-Université de Lyon
    Organisateurs : Eric Verdeil (EVS CNRS-Lyon University) – Jean-François Pérouse (Toulouse-II University/Galatasaray U.)
    Avec le soutien de la Région Rhône Alpes (Coopera 2012) et l'aide du LATTS (ENPC-Paris Est University)
    Lieu: Institut français d’études anatoliennes - Palais de France - Nur-i Ziya Sokak, 10 P.K.54 - TR-34433 - Beyoğlu - Istanbul
    Date : 29th May 2012, 9 :30 – 17:00.
    Une visite sur le terrain est prévue le 30 mai.
    http://calenda.revues.org/nouvelle23382.html
    Langue : les conférenciers interviendront en anglais ou donneront un résumé en anglais de leur communication.

    séminaire à l'Institut français d'études anatoliennes, co-organisé par Eric Verdeil (Université
    de Lyon Jean Moulin – UMR Environnement Ville Société) et Jean-François Pérouse (Université de
    Galatasaray et IFEA)
    Financement : Programme COOPERA (région Rhône-Alpes) – ANR TERMOS

    Consultez le compte-rendu d'Éric Verdeil sur le blog de l'OUI

  • Religiones entrecruzadas. Lugares sagrados compartidos entre cristianos, musulmanes y judíos en el Mediterráneo

    D. Albera, B: Fliche, "Prácticas devocionales de los musulmanes en los santuarios cristianos. El caso de Estambul" in Religiones entrecruzadas. Lugares sagrados compartidos entre cristianos, musulmanes y judíos en el Mediterráneo, Dionigi Albera, Maria Couroucli (dir.), Lleida Mileno, 2010 - ISBN 978-84-9743-394-5

  • Toplumsal Tarih avril 2012

    Toplumsal Tarih "IFEA Çalışmaları"
    Nisan 2012, n. 220.
    Benoit Fliche:
    "Ortodoksluğun ve heterodoksluğun sınırları: İstanbul'da türbeler ve kiliseler"
  • Toplumsal Tarih Nisan 2012

    Toplumsal Tarih "IFEA Çalışmaları"
    Nisan 2012, n. 220.
    Benoit Fliche:
    "Ortodoksluğun ve heterodoksluğun sınırları: İstanbul'da türbeler ve kiliseler"
  • Trans-acting Matters: Areas and Eras of a (Post-)Ottoman Globalization

    Research program funded through the French Agence Nationale de la Recherche (ref. ANR-12-GLOB-003)

    As opposed to studies which analyze the diffusion and circulation of practices, instruments, norms, and forms of knowledge as a stage subsequent to their localized production, the Transfaire project aims to study symbolic and technical instruments that are produced and reproduced by circulation. Our goal is dual in nature: on the one hand, we propose a new approach to connections, concomitances, and interdependencies in which (post-)Ottoman spaces are to be considered an integral part, contrary to studies which limit themselves to considering exchange in terms of one-way diffusion and importation. On the other hand, we aim to draw up a revised chronology of the modalities of governance and extroversion of the Empire and the Republic, detached from the great rifts which have marked narratives of political history.

    Instead of employing the notion of “transfer,” which assumes that there are elements which are allegedly “specific” to each of the regions concerned, our approach focuses on modalities of “trans-action” [transfaire], and pays close attention to processes of translation and co-production of normative vehicles and of the fabric out of which politics is made. Thinking in terms of interrelations is central to this endeavour, in order to avoid that the idea of incommensurable regions be reintroduced under the guise of “transfer.”

    The project Transfaire builds upon the results and the scholarly work already yielded by the research group Transtur (“Order and Compromise: Patterns of government and administration in Turkey and the Ottoman Empire”), which was coordinated by Élise Massicard and funded through the French Agence Nationale de la Recherche in 2008–2012. Transfaire thus aims to build upon and reinforce an active research network already well in place, and to help promote the formulation of generalizable perspectives that may speak to globalization theory more broadly.

    The team of Transfaire brings together 25 researchers and professors from the fields of history, political science, sociology, anthropology, and geography. Its priorities are organized along three main lines of inquiry:

    1. The forms of materiality of political objectivization
    2. The analysis of devolutions and normative (re)investment
    3. The challenges and actors of translation.

    The general organization is structured around two geographical poles, one in Paris (at the Centre d’Études Turques, Ottomanes, Balkaniques et Centrasiatiques), the other in Istanbul (at the Institut Français d’Études Anatoliennes), around which the members of the team gravitate. At each one of the two sites a permanent correspondent, recruited as a post-graduate research assistant, sees to the organization of the team’s activities. The two permanent correspondents – currently Ségolène Débarre and Benjamin Gourisse – work together with the project’s main coordinator – Marc Aymes – to ensure the pooling and sharing of activities amongst the team members. Bimonthly seminars enhance the cohesiveness of the project’s activities; yearly work meetings, held in executive session, allow individual difficulties to be addressed, completed work to be presented, and publishing projects to be discussed by the entire team.

    Scientific dissemination and visibility will be carried out by multiple methods: academic workshops; an international conference presenting the results of completed research; public outreach activities; and the creation of a website aimed to publicize the project’s developments as they unfold.

  • Tüyün tarihi

    Benoît Fliche, "Élements pour une trichologie turque" in Histoire du poil, MF. Auzépy, J. Cornette (dir.), Paris, Belin, 2011 350 p. - ISBN 9782701148212

     

  • Workshop De la collection aux archives : prises en faux : 21-22/10/2010

    Workshop  International  "De la collection aux archives : prises en faux"
    Istanbul, Université du Bosphore, 21-22 octobre 2010


    Agence Nationale de la Recherche (France), ArchiMO project: www.archimo.net
    Département d'Histoire de l'Université du Bosphore http://hist.boun.edu.tr/
    Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (UMR 8032, CNRS / EHESS / Collège de France, Paris): http://cetobac.ehess.fr
    Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (Paris): http://iismm.ehess.fr
    Institut français d’études anatoliennes (Istanbul): www.ifea-istanbul.net

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